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La lettre de l'atelier

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lundi 17 avril 2017

Le sentiment d'éternité

 

J'ai toujours écrit la nuit, souvent avec une bougie allumée sur la table. Comme pris dans ce sentiment d'éternité qui, au fil du temps, me fait traverser l'existence dans le grand vaisseau de pierre de la Grange aux Dîmes. Le haut du pignon de l'ancienne maison est une flèche à désigner les étoiles, à tracer les constellations. La Chevelure de Bérénice... (Et mes étoiles au ciel avaient un doux froufrou).

Le monde a changé, terriblement, ou bien est-il toujours le même. N'a-t-on pas l'idée que cette traversée pourrait s'arrêter net, prise dans la violence du temps ?...

Pourtant le jardin s'est mis à refleurir, au dehors les arbres sont blancs comme des jeunes filles, celles qui me traversent dans les rires, par exemple cette scène de danse dans le champ, au début de Tess, le film de Polanski...

Le temps s'est arrêté : il continue. De nuit à nuit c'est dans cette fixité fluide qu'il s'écrit.

 

Le bruit de la violence du monde nous parvient, petit à petit il grignote notre densité, notre intensité. Il devient difficile de vivre, de respirer, il devient douloureux de voir, d'entendre. Je vois dans la rue, mendiant, des hommes sans bras, des femmes couchées, des bébés amortis, des enfants tendant la main. Comme si la vague arrière du temps venait nous submerger.

Ceux-là sont aussi cette image de moi dans le désastre. Image que sans doute je ne veux pas voir, que je ne peux pas voir, tant elle m'effraie, et qui devient pourtant de plus en plus présente, radicale, non plus seulement inscrite mais gravée, ravinée dans la conscience.

 

Chacun fait sa route avec le bâton qu'il peut, et le mien reste d'écrire. Le réel comme absolu vient nous jeter à la figure ces images, et puis ce ne sont plus des images, le réel est là présent, présent comme une déflagration, comme un camion de la terreur détruisant et tuant sur son passage, il est là présent comme une injure à être. La violence est si grande alentour que les petites violences terribles du quotidien ne deviennent plus dicibles, que les douleurs habituelles ne sont plus valables, elles n'ont plus cours : l'échelle de la violence a évolué, il faut se comparer à ces peuples en fuite, à la misère, et surtout ne se plaindre de rien qui ne soit tout à fait grave, ne se plaindre de rien qui ne soit réel, avéré, qui soit hors limite. Tout le reste se dévalue à l'aune de l'imaginaire.

 

Là-devant n'est-ce pas le rôle de l'écrivain, de l'artiste, qui vient à être réinterrogé, comme à chaque secousse de l'histoire, à chaque secousse du réel, de l'actualité ? N'y a-t-il pas un jugement terrible qui pointe pour ceux qui ont pris en charge, par décision ou malgré eux, de dire, d'écrire, de montrer, de réfléchir ?

Dès lors c'est ce point de vue subjectif qui rencontre un destin, un devoir. Qui enclenche le dire nécessaire. Ce dire est celui de l'écume du temps, fût-elle poison et violence, et il n'est que d'être et d'écrire pour qu'elle transparaisse. Cela ne suffira pas à modifier le réel dans sa traumatique immédiateté, et le supporter est un autre défi.

 

Cette écriture au fil des nuits dans le grand vaisseau de pierre (il y avait un album de Tri Yann qui portait ce nom, et une bande dessinée de Cristin et Bilal), c'est elle sans doute qui me donne, à de fugaces instants, ce sentiment d'éternité : comme un fil continu de sens.

Le temps d'écrire est un temps suspendu, il existe entre les nuits comme une secrète présence, comme l'encre que je bois, le parfum que je respire. Il est suspendu, comme il peut, c'est-à-dire dans sa fragilité absolue, dans son risque, au dessus, au travers, au dedans et au dehors des désastres, et peut-être malgré eux.

 

Dans les semaines qui viennent je reprendrai, avec vous, ceux qui viendront aux ateliers des WE thématiques, des thèmes qui, s'ils sont d'évidence, sont aussi à la racine de l'écriture et du désir d'écrire, pour l'enfance par exemple où, loin sans doute de l'illusion scolaire d'un bonheur béat, et plus proche peut-être des questions profondes que l'on se pose à ses différents âges, nous nous retrouverons dans les vibrations de la langue telle qu'elle se construit, dans l'imaginaire intime tel qu'il se constitue et reste la condition même du récit qui s'organisera plus tard sur la page. Rituels enfantins, mais aussi construction de notre roman familial, de notre légende personnelle, masques et rires, apprentissages et certitudes, il y a là la découverte de l'existence des insondables mystères de la réalité, et le trésor infini de la langue, et les décisions prises dans l'enfance et qui nous tiendront longtemps lieu de raison, d'immédiate évidence, dans le secret de la conscience.

 

De la même façon que l'écriture de l'amour continue de nous interroger, en tant qu'elle trace sur nos existences des lignes signifiantes, vives, différentes pour chacun, et qui viennent à être relues de façon diverse à chaque étape de la vie, qu'il s'agisse d'en faire là aussi la légende ou d'en dénoncer la part d'illusion. Loin d'être éculée la thématique réclame d'être remaniée, réamorcée, réinventée à chaque tour de roue, toujours semblable et toujours unique. Oser la trace d'une parole aimante, aimée, au delà des seules formes de la séduction, mais dans ce que pourrait être la vérité de ce qui nous tient à l'autre, peut-être justement hors de l'illusion, en tant qu'il est tout autre, inconnu, incroyable, et que c'est par ce qui nous lie que se forge la langue qui écrit le réel du sentiment.

 

Emmanuel Bing - 17 avril 2017

Emmanuel Bing

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Merci et à très bientôt dans l'un de ces ateliers !
Renseignements complémentaires sur le site :
http://www.atelier-bing.fr

6/7 mai

Enfance

L'écriture de l'enfance demande une attention toute particulière, du côté de la justesse, du temps étiré ou immobile, du souvenir. Écrire l'enfance c'est aussi se la réapproprier, la réinterroger, la redécouvrir. Revenir aux sensations anciennes, aux questions, à l'ineffable sérieux de l'enfance.

L'on écrit toujours de l'enfance, de ce point de départ enfoui où s'est joué, dès lors, une certaine esthétique, une certaine condition de l'existence, une profondeur accompagnée, parfois, de légèreté. Revenir à l'enfance, le temps d'un WE, c'est aussi revenir à soi.

 

Avec des textes de Proust, Calaferte, Sarraute, et d'autres...

20/21 mai

Écrire l'amour

Écrire l'amour, n'est-ce pas une gageure que l'on ne peut pas ne pas explorer, d'une façon ou d'une autre, dès lors que l'on écrit ? L'amour ancien, l'amour présent, l'amour à éclore. Nous nous poserons la question du récit, et du langage, nous travaillerons à ce qui noue la langue au sentiment, nous interrogerons le sentiment amoureux, sa complexité et sa simplicité, et nous entrerons dans les méandres du thème en tentant d'y éviter les écueils, et en travaillant à l'inscription du réel de force d'une relation amoureuse.

Les inscriptions aux stages d'été

sont ouvertes !

 

Récits d'air et romans d'eau
12 au 16 juillet 2017 (5 jours)

Rêves et réalités
12 au 16 août 2017 (5 jours)