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La lettre de l'atelier

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mercredi 14 juin 2017

Dans l'ombre du temps

 

Aujourd'hui c'est encore le printemps, et il fait un soleil et une chaleur d'été. Les oiseaux chantent depuis le matin toutes sortes de chants que je sais à peine nommer, chants de passereaux, de rouge-gorges, de merles, roucoulements des pigeons qui depuis longtemps ont investi le clocher de l'église à quelques pas. Mésanges, fauvettes, pinsons. La vigne a poussé en quelques semaines.

 

De nombreuses choses affluent dans mon esprit. Je suis sur un chemin de cailloux blancs, à gravir une colline. Il y a auprès de moi une femme que j'aime.

 

Des cabanons déserts, le chant des insectes, grillons, cigales. Le sol est sec, la terre chaude ; sur la route des crêtes un vent léger ; l'odeur des herbes, romarin, thym ; des pins ; comme si tout mon passé rejoignait l'avenir ; des bribes de phrases, des désirs ; des femmes dans mes bras, avec leurs odeurs fraîches ou ambrées, celles que j'ai aimées, celles que je n'ai pas eues ; je marche appuyé sur un bâton blanc et raide de bois dur ; je voudrais que ma pensée, mon sentiment de l'air, la montagne plus loin, soit charge d'écriture ; rentrer de la longue promenade, le souffle chargé de vent et des fragrances du sol, de la végétation, le son d'un ruisseau, une cascade ; le vide des villages quand on retourne dans la plaine ; des souvenirs naissent et meurent comme des bulles à la surface de l'âme, venant des profondeurs silencieuses exploser dans l'air libre comme pour y prendre sens.

 

Je revois des jeunes filles, des rires, mes désirs d'autrefois, maintenant perdus, remaniés, réinventés aussi chaque jour. J'ai dans l'oreille la voix éraillée d'un vieil Higelin : si dure que soit la solitude, elle te ramène à ton destin...

 

C'est comme si ma mère intérieure avait enfin lâché, comme si je pouvais vivre, sans l'inquiétude peut-être d'être au monde : plus personne ne pourra mentir désormais ; je connais la vérité de vivre ; voilà ce que le deuil produit, moments de métabolisation de ce qui reste, de ce qui est moi et seulement moi ; cannibalisme du deuil. Cette poésie qui est mienne maintenant, sans que j'aie à l'attribuer à quiconque ; je me revois dans la petite maison qu'habitait ma mère, la maison de gardien du château Bertagne, à Rognes. La petite pièce du haut, avant la chambre. Pleine de toiles d'araignées, de livres, de fleurs sèches. Il n'existe nulle photographie de cette pièce à ce moment-là ; seulement dans ma mémoire.

 

Quelle étrangeté. Les gestes sont maintenant les miens, avec plus de sûreté que jamais. Allumer une bougie sur la table, est-ce moi qui l'allume, ou bien elle encore : elle est là dans ce geste que je répète à l'infini depuis toujours, depuis ce souvenir d'enfant où, sur le bord de la fenêtre, j'allumai cette bougie, luciole incertaine au bord du monde.

 

Savoir, sans aucun doute, sans erreur possible, ce que c'est, profondément, que la poésie.

La poésie, elle se tient là, sur ces routes anciennes et futures, droite et ondulante. On passe beaucoup de temps dans sa vie à commémorer le passé, en quoi l'on se sait, l'on se sent chez soi, dans ce cocon de silence dans lequel on peut se penser vivre. Alacrité ! Alacrité !

 

C'est dans la rumeur de l'été que je vous convie : il s'agit toujours d'écrire, continuer sa trace sur le sol et dans l'existence, continuer infiniment à dire. L'air est celui de ce souffle chargé de sens, l'eau est celle de la transparence fraîche et gaie, celle des cascades, celle des profondeurs plus sombres aussi, des mers lointaines (comme je lisais, enfant, des récits de voyages, de naufrages, et je robinsonnais, construisant ma propre vie, dans la grotte profonde et l'île où je préférais des Vendredies féminines) — l'air des hautes montagnes des Andes, où vivaient encore des géants — l'air de la forêt de Merlin — l'air de flûte de ce si ancien joueur de flûteau...

 

J'attends avec impatience les chemins de cet été, ceux de l'écriture et ceux de la campagne alentour.

 

Ce que j'aime dans l'écriture, et dans ce qui a lieu lors de ces étés où de petits groupes viennent se réunir dans cette maison devenue depuis longtemps lieu de création artistique et d'écriture, c'est, avec la gaieté, l'ambiance apaisée, l'effervescence autour des idées et des questions d'écriture ; la poésie de ces moments-là, différente de ce qui a lieu à Paris, parce que nous sommes dans un autre temps, parce qu'à l'ombre de ce temps l'on peut enfin écrire, boire des vins grecs, italiens, angevins, dans le silence perlé, se prendre dans le texte, s'y perdre, s'y retrouver toujours : ainsi se perpétue quelque chose d'essentiel, d'été en été, cette ouverture grande vers l'écrit, qui permettra d'autres textes encore, et de temps en temps des livres.

 

L'écriture de Philippe Jaccottet me ramène à ces lieux, à ces temps anciens et nouveaux qui dans leur étirement font le lit de l'écriture : je regarde sous ses lignes couler les eaux du Lez, je revois l'ombre de la montagne, la source dans la vallée, la tour du château maintenant écroulée, la vieille chapelle en ruines, les moutons et le berger Barthélémy qui aimait un peu trop les petites filles, le trou d'eau dans lequel on se baignait dans les années soixante-dix.

 

L'été est un autre moment d'écriture, on peut prendre le temps de s'y engager, de se baigner dans le langage et les pensées, de parcourir les chemins secrets de l'écriture.

 

Emmanuel Bing - 14 juin 2017

 

Cet été nous avons l'honneur d'exposer nos installations, et les peintures de ma compagne, dans la très belle salle de l'Espace Saint-Jean à Melun, 400m2 d'exposition que nous vous proposons de découvrir, pour ceux que cela intéresse, pendant les semaines d'écriture. On peut voir une présentation de l'exposition sur :

http://roisdor.le-labyrinthe.fr

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à la Grange aux Dîmes

Les inscriptions aux stages d'été

sont ouvertes !

 

inscriptions

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