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Emmanuel Bing a participé à la création des ateliers d’écriture en France. Il a été parmi les premiers animateurs formés, et a commencé à animer des ateliers d’écriture en 1979. Diplômé de l'École Supérieure de Journalisme, informaticien, artiste, directeur artistique, formateur lui-même, il a créé et dirigé jusqu'en 1995 un centre de formation réellement novateur, destiné aux arts-graphiques et à la presse. Il prend en 2008 la direction de la revue littéraire en ligne ecrits-vains.com.

Il anime aujourd’hui les ateliers d’écriture qui portent son nom, et se consacre à la peinture, l’écriture et la psychanalyse. En 2009 paraît son livre sur Élisabeth Bing, Le manuscrit de la mère morte, chez Maurice Nadeau.

Emmanuel Bing est adhérent à la Maison des artistes, à la Société des Gens de Lettres et à la Maison des écrivains et de la littérature. Il est également adhérent à Mensa, et Analyste Membre de l'Association Lacanienne Internationale.

 

       

Stage à la Grange aux Dîmes vers 2007. À gauche, en chapeau, Emmanuel Bing. Photo DR

Une idée subversive

 

Depuis 1979 ce métier a beaucoup évolué. À l'origine d'une idée subversive qui venait contrer ce qui se faisait dans le milieu scolaire, voilà trente ou quarante ans, il tendrait aujourd'hui à être récupéré de tous côtés. Du côté scolaire et universitaire, comme du côté psy. Les ateliers indépendants, de toutes tendances, tendent aujourd'hui à normaliser une pratique qui pourtant devrait trouver son essence dans la création et le renouvellement permanents.

Voilà pourquoi il me semble nécessaire d'insister, dans cette partie concernant les enjeux, sur la référence principale qui est le travail, et l'invention originale, d'Élisabeth Bing. C'est l'enjeu radical de la création littéraire qui compte, et si un enjeu politique, social ou psychologique a été parfois, souvent, imputé à ce travail, c'est que précisément l'enjeu artistique fondamental avait des répercussions bien au-delà de ce que les méthodes pédagogiques, quelles qu'elles fussent, pouvaient espérer.

Les références sont celles de la littérature, une littérature toujours en recherche, toujours subversive, toujours en révolte. Il s'agit donc de création artistique, de création littéraire, comme fondement même du travail d'un véritable atelier d'écriture. Cette exigence-là est la seule qui permette l'accès à tous au travail de sa propre écriture.

Ce sont l’art, la pensée et la création qui toujours m’ont préoccupé.

La fréquentation de différents univers, de différents métiers, m’a toujours ramené à l’essentiel, c'est à dire à la création. C’est de me soutenir de cela qui fait que depuis toujours je peux faire vivre cette petite flamme du plaisir de créer, et travailler au désir d’écrire. C’est cet enjeu de création, d’écriture, de plaisir et de désir d’écrire, qui est mis à l'œuvre dans les ateliers.

Enfin, je reçois en individuel, et le travail qui s’y fomente est d’une grande richesse.

 

Emmanuel Bing

Le fait d'être psychanalyste, tout comme d'être peintre, et plus généralement artiste, participe de mon parcours personnel et des métiers qu'aujourd'hui j'exerce et qui remplissent mon existence. De la même façon que je ne fais pas de peinture dans mes ateliers d'écriture, il n'y est pas non plus question de faire de la psychanalyse, mais d'écriture et de travail de la création. Les interprétations psychologisantes n'ont pas lieu d'être dans ce travail.

Les personnes souhaitant faire un travail d'ordre thérapeutique ou psychanalytique peuvent me joindre directement et me faire part de leur demande, dans un cadre individuel et hors d'un travail d'atelier. Le travail analytique engagé n'est pas compatible avec la présence dans un atelier.

Les enjeux d'un atelier

 

Les enjeux d'un atelier d'écriture littéraire tel que je le pratique vont bien au delà du simple jeu d'écriture, ou de l'écriture de loisirs. Le ludique et le loisir m'ennuient, et du point de vue de la création, à mon avis, ne donnent rien de bon. Il s'agit d'entrer dans l'écriture, comme on disait autrefois qu'on entrait en littérature. Ce que je donne de moi-même dans un atelier, je le fais avec cette conviction que rien ne peut être dit ou fait de façon réelle et authentique si l'on n'y est pas engagé profondément. Écrire appartient à une nécessité personnelle, absolue, parfois inavouée.

On peut relire toujours avec le même bonheur les Lettres à un jeune poète de Rilke, pour se convaincre de ce que cette nécessité intérieure appelle d'énergie, de travail, d'acharnement. Si parfois il y a la douleur, parce qu'il n'est pas toujours facile d'écrire, d'aborder tel ou tel thème, il y a plus souvent le plaisir du travail, la jubilation de la trouvaille et des moments d'intensité, de poésie, d'écriture. On peut lire également Duras, Écrire, une approche du sensible de l'écriture, et puis bien sûr Sarraute, L'ère du soupçon, et Blanchot, Le livre à venir. Ces textes nous introduisent, à leur façon et dans leur temps, à ce qu'il en est de l'écriture. Cela vient réveiller les questionnements, et tout particulièrement celui de l'acte d'écrire, au-delà des artifices, du bien écrire, des académies, du scolaire.

Parfois l'atelier d'écriture amène une certaine humilité, un regard sur soi qui se soutien du regard des autres, eux aussi logés à cette enseigne du travail de l'écrit, de la nécessité poétique.

C'est parce qu'il y a cette nécessité poétique, littéraire, créatrice, que je me suis toujours méfié du caractère social que prennent certains ateliers, allant au final vers l'expression écrite et le soutien moral, et laissant au passage l'essentiel de ce qu'il en est de l'art. Il ne s'agit pas d'élitisme, bien au contraire, mais pour moi du respect de l'être, si je puis dire les choses de cette façon. Ainsi le travail que j'engage dans l'atelier est celui de la littérature et des questions qu'elle amène, et il ne se satisfait pas d'une dimension sociale ou pseudo politique comme le serait l'idée d'une pratique d'éducation populaire. En effet, si chacun peut venir travailler dans l'atelier, ce n'est néanmoins pas en tant qu'il appartient à une quelconque catégorie, mais bien parce qu'il porte en lui ce désir d'écrire et de s'engager dans ce travail. Et comme il ne s'agit certainement pas d'un enseignement, mais d'une pratique et d'une démarche artistique, il n'y a pas lieu de ramener l'atelier à une quelconque démarche éducative, fut-elle populaire.

Il ne s'agit pas d'enseignement, pas de formation. Je ne donne pas de cours lorsque je "fais écrire" les participants de l'atelier. Je suis dans une démarche d'incitation, de désir, de recherche, de travail intellectuel, de recheche artistique personnelle. Je n'enseigne pas de connaissances. Il n'y a dans ce travail rien de scolaire, ni de formateur. Il s'agit, pour tous ceux qui s'y sont engagés, d'une expérience personnelle intime, dense, où l'art vient vous parler des limites, et de votre invention subtile ou massive dans la langue même, dans la culture elle-même.

 

EB, 2009

 

Il y a une subversion dans l'acte de l'atelier d'écriture, qui s'accommode mal d'enseigner. Cette subversion est d'ordre subjectif. Quelque chose d'une émergence intervient. Il n'y a pas de tromperie ou d'escroquerie dans les ateliers d'écriture que j'anime, depuis vingt-cinq ans : parce qu'il n'y a pas de règles, de formatage possible de l'écrit. Le diplôme est le pire destin de la démarche qu'a autrefois, en 1969, initiée ma mère, contre le scolaire, la correction etc. Il s'agit de création, de littérature, d'art. C'est pourquoi ce métier est si difficile et si épuisant. Par ce qu'il s'agit d'art. Parce qu'il s'agit d'insuffler du désir, du désir d'écrire, et que cela ne se fait pas sans se mettre en jeu soi-même, et bien de ce côté là.

 

Toutes les personnes qui ont traversé mes ateliers ne se destinaient pas à l'écriture. Mais quelques unes ont publié leurs livres. J'y ai rencontré de véritables écrivains, et la publication n'est pas toujours au bout. Parce que l'art et le commerce ne font pas forcément bon ménage, et que l'on préfère publier les bavardages insipides de Marc Lévy ou d'Anna Gavalda. Le dévoiement se fait du côté de l'institution et du diplôme. Tout le monde se croit capable d'animer un atelier d'écriture. Des professeurs de français s'y croient parfois plus autorisés que les autres. Les écrivains publiés aussi. On ne peut nier que c'est parfois un désastre, et que les ateliers sauvages ou institutionnels n'ont rien à voir avec le travail d'un véritable atelier. D'autres dévoiements ont lieu, raison pour laquelle je ne fais plus partie de l'association qu'a créé ma mère, qui n'a elle non plus plus de relation avec.

 

La haine contre les pratiques subversives telles que l'atelier d'écriture ou la psychanalyse, ainsi que le désir de validation (diplômes ou commerce), le scientisme, l'évaluation et la compétition me semblent à interroger, dans le contexte où paraissent des "livres noirs" et où tout se limite au formatage et à la bienséance, parfaitement dénué de sens, de corps, d'éros.

 

Emmanuel Bing

(janvier 2006, en réponse à la critique malvenue d'un visiteur sur le blog de Dominique Autié †)

 

 

Il existe aujourd'hui beaucoup d'ateliers d'écriture qui n'en n'ont que le nom, ludiques ou psychologisants, de loisirs, scolaires, ou pire encore. Il faut se méfier des contrefaçons. Certains de ces ateliers peuvent être destructeurs, d'autres sont de simple usines à argent. Enfin animer un atelier d'écriture ne s'improvise pas, il faut y avoir été formé, il ne suffit pas d'écrire pour savoir transmettre.

Stage dans le Sud de la France vers 1980. À gauche, Emmanuel Bing. Photo DR.

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Atelier d'écriture Emmanuel Bing.